Bassin de la rivière Saint-Charles / Milieux humides

Figure 2.5.1.4.1 : Aménagement d’un golf dans la tourbière du marécage Laurentien © Canards Illimités Canada, 2005b

2.5.1.4 Milieux humides

Les milieux humides sont des sites saturés d’eau ou inondés durant une période suffisamment longue pour influencer les composantes du sol et de la végétation (RAPPEL, 2008). Se rapprochant davantage du milieu aquatique lors des inondations, le milieu humide devient presque un milieu terrestre durant les sécheresses (RAPPEL, 2008). Ces milieux transitoires entre l’eau et la terre abritent une grande diversité d’espèces.

2.5.1.4.1 Type et classification des milieux humides

Au Canada, les principales classes de milieux humides sont les suivantes (Groupe de travail national des terres humides, 1997) :

• Eau peu profonde : les eaux peu profondes (habituellement moins de 2 m de profondeur) sont des milieux humides caractérisés par une végétation submergée ou à feuilles flottantes (herbier aquatique) que l’on retrouve notamment dans les étangs, les lacs et les cours d’eau. Au Québec, mis à part l’étang, lorsqu’on retrouve le milieu humide « eau peu profonde » dans un lac ou un cours d’eau, il est considéré comme le littoral de ce dernier et est inclus dans l’habitat du poisson; il n’est pas considéré comme un milieu humide (MDDEP, 2006). La Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables et la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune sont applicables à ces milieux contrairement aux autres milieux humides pour lesquels ces normes ne sont pas applicables;

• Marais : les marais sont des habitats principalement caractérisés par une végétation herbacée émergente (ex. : marais à scirpe le long du Saint-Laurent, marais à quenouilles, prairies humides, etc.);

• Marécage : les marécages sont des milieux humides caractérisés par une végétation arbustive ou arborescente (ex. : saulaie arbustive, aulnaies et forêts inondées le long des cours d’eau ou en bas de pente, etc.);

• Tourbière : une tourbière est caractérisée par un dépôt de tourbe pouvant atteindre quelques mètres. Au Québec, un milieu humide est classifié comme tourbière lorsqu’il contient un minimum de 30 cm de tourbe (MDDEP, 2006). On distingue deux grands types de tourbières selon le régime d’alimentation en eau : a) les tourbières ombrotrophes (bogs) alimentées exclusivement par les eaux de précipitation et b) les tourbières minérotrophes (fens) alimentées à la fois par des eaux de précipitation et des eaux d’écoulement.

Mentionnons que la Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables ne s’applique pas aux étangs isolés, aux marais isolés, aux marécages isolés, ni aux tourbières (MDDEP, 2006).

2.5.1.4.2 Milieux humides du bassin versant de la rivière Saint-Charles

Figure 2.5.1.4.2.1 : Répartition des milieux humides dans le bassin versant de la rivière Saint-Charles

Le bassin versant de la rivière Saint-Charles, à l’image de la province de Québec, est un territoire renfermant plusieurs types de milieux humides, pour une large part, malheureusement, grandement affectés par l’activité humaine (agriculture, urbanisation, industrie, etc.) (Canards Illimités Canada, 2005a et 2005 b; Gérardin et al, 2000). Leur sauvegarde est donc importante, considérant les bienfaits écologiques et les services qu’ils rendent à l’environnement.

En 2005, les milieux humides du territoire de la Communauté métropolitaine du Québec ont été cartographiés par Canards Illimités Canada (CIC) en collaboration avec la Ville de Québec, la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) et le Fonds d’action québécois pour le développement durable (FAQDD). La cartographie des milieux humides a été réalisée à partir de la photo-interprétation d’images satellites à haute résolution et de photos aériennes provenant de diverses sources. Ensuite, une campagne de terrain et de survol a permis de valider la cartographie et de caractériser un nombre représentatif des sites choisis. Le résultat est une cartographie des milieux humides sur le territoire de la CMQ dont la plus petite unité recensée est de 0,3 ha (Kirby et Beaulieu, 2006). Les milieux humides ont été classifiés selon les principales classes de milieux humides au Canada. Afin d’identifier les milieux humides sur le territoire qui sont reconnus par le MDDEFP au Québec, les milieux humides d’eau peu profonde qui se retrouvaient dans le littoral des cours d’eau ou des lacs ont été exclus des statistiques de milieux humides sur le territoire. Il s’agissait principalement des milieux qui étaient déjà classifiés ayant un lien hydrographique riverain ou lacustre. Le reste des milieux « eau peu profonde » représentait des étangs. Les ouvrages de retenues, tels les marais filtrants et les bassins de rétention d’eau pluviale, ne sont pas inclus dans la définition des milieux humides du MDDEFP, et ceux-ci ont été exclus des calculs statistiques. Selon les données, le bassin versant de la rivière Saint-Charles est caractérisé par la présence 1 800 ha (18 km2) de milieux humides, ce qui représente 3,3 % de la superficie totale du bassin versant.

Parmi les milieux humides du bassin versant de la rivière Saint-Charles, plusieurs présentent des points d’intérêt particulier :

1. L’estuaire de la rivière Saint-Charles

Figure 2.5.1.4.2.2 : Localisation des milieux humides de l’estuaire de la rivière Saint-Charles

Initialement long de 5 km et large de plus de 800 m à son embouchure, cet estuaire a perdu environ 75 % de sa superficie. Il y a trois secteurs d’intérêt particulier :

L’embouchure de la rivière Saint-Charles

Aujourd’hui transformée en un canal portuaire de 110 m de largeur, l’embouchure de la rivière Saint-Charles est obstruée par la présence du barrage Samson aménagé au début des années 1970. Ce barrage de 5 m de hauteur empêche la pénétration des marées du Saint-Laurent dans la rivière (Gérardin et al., 2000). De plus, plusieurs espèces de poissons ne peuvent plus migrer ou se reproduire dans la rivière, dont l’éperlan arc-en-ciel, le bar rayé et l’esturgeon jaune (susceptible d’être désigné espèce menacée ou vulnérable) (Gérardin et al., 2000; Saint-Laurent vision 2000, 2001).

Le parc Cartier-Brébeuf 

Dans ce secteur, le lit d’écoulement de la rivière Saint-Charles a été grandement modifié : un méandre de 1 km a été éliminé autour du parc Victoria et la rivière Lairet (un ancien affluent de la Saint-Charles) a été canalisée et enfouie. Cependant, les travaux de renaturalisation de la rivière Saint-Charles dans ce secteur ont recréé un milieu plus naturel à l’exutoire de la canalisation de la rivière Lairet (au parc Cartier-Brébeuf) recréant ainsi des habitats pour la faune (Demers, 2009; Gérardin et al., 2000).

Le marais du pont Marie-de-l’Incarnation

Ce marais a été canalisé et ses rives, bétonnées. Les travaux de renaturalisation ont permis toutefois de recréer l’écotone perdu entre la rivière et la rive (Gérardin et al., 2000).

2. Les milieux humides de la rivière et du lac Saint-Charles

Le secteur de la basse Saint-Charles

Les milieux humides de ce secteur sont localisés dans la plaine inondable de la rivière Saint-Charles (notamment le parc Les Saules), au confluent de la rivière du Berger (Gérardin et al., 2000).

Le secteur de la haute Saint-Charles

Ce secteur, caractérisé par un grand complexe de marais, de marécages et de tourbières, est situé dans la zone inondable de la rivière Saint-Charles, juste en amont de la principale prise d’eau potable de la Ville de Québec (voir ci dessous,  « Les méandres de la haute Saint-Charles ») (Gérardin et al., 2000).

Le lac Saint-Charles et la réserve naturelle des Marais-du-Nord

Au nord du lac Saint-Charles, la réserve naturelle des Marais-du-Nord est le milieu humide protégé le plus importants dans le bassin versant de la rivière Saint-Charles (voir ci dessous « Les Marais du Nord ») (Gérardin et al., 2000).

3. Les tourbières

Quelques tourbières d’importance sont situées dans le bassin versant de la Saint-Charles :

Les tourbières riveraines des lacs de la Savane et de la Sagamité

Ces deux tourbières sont des complexes de milieux humides qui présentent une diversité et une intégrité écologique exceptionnelle (voir ci dessous « Lac de la Savane et lac de la Sagamité ») (Dubé, 2002 et 2003).

La tourbière du marécage Laurentien

Ce milieu humide est situé au cœur de la zone urbaine de la ville de Québec. Il joue un rôle important pour la qualité de l’eau et la régularisation du débit de la rivière du Berger. Cette tourbière est grandement menacée par le développement urbain : entre 2004 et 2006, elle a perdu 35 % de sa superficie lors de l’aménagement d’un terrain de golf (Canards illimités Canada, 2005a et 2005b). Parmi les pressions subites par ce milieu humide, on compte l’autoroute Laurentienne, les lignes de transport d’énergie, la coupe forestière, la pression résidentielle, ainsi que des pressions industrielles (Canards illimités Canada, 2005a). Ces boisés ont aussi fait l’objet de creusage de canaux de drainage (Dulude, 2011). Depuis la construction du golf, il y a eu de nombreuses constructions résidentielles dans le secteur. Les orthophotos les plus récentes disponibles (2006) précèdent ces constructions et ne permettent pas d’évaluer l’ampleur de leur impact sur le milieu humide. Mentionnons la présence de grands-ducs et de buses à épaulettes qui nichent dans ces boisés (Dulude, 2011).

Figure 2.5.1.4.2.3 : Aménagement d’un golf dans la tourbière du marécage Laurentien © Google Earth, images satellites Digital Globe 2004, 2005, 2006 et Groupe Alta, 2007.

Bien que le bassin versant de la rivière Saint-Charles comporte plusieurs milieux humides de grand intérêt, ces habitats demeurent toutefois peu protégés. La plus importante réserve de milieux humides protégée dans le bassin versant de la rivière Saint-Charles est la réserve naturelle des Marais-du-Nord, administrée par l’Association pour la protection de l’environnement du lac Saint-Charles et des marais du Nord (APEL). En 2002, un projet a également été lancé par le Conseil régional de l’environnement – région de la Capitale nationale avec la participation financière de la Fondation de la Faune du Québec pour sensibiliser les propriétaires de milieux humides à l’importance de ces derniers et pour les inciter à prendre part à un programme d’engagement volontaire de préservation.

2.5.1.4.2.1 Marais du Nord

Figure 2.5.1.4.2.1.1 : Les marais du Nord

Situés au nord du lac Saint-Charles à une vingtaine de kilomètres du centre-ville de Québec, les marais du Nord sont un complexe de milieux humides composé de marais d’eau douce à tranche d’eau peu profonde, de marécages, de tourbières minérotrophes et de tourbières boisées. Cet écosystème est constitué de deux grands secteurs : le secteur des marais du Nord et celui des marais de la Roche-Plate. Les limites géographiques actuelles ont été dessinées par le rehaussement du barrage à l’exutoire du lac Saint-Charles; les terres basses entourant ce plan d’eau ont alors été inondées et forment aujourd’hui une zone marécageuse d’importante superficie (APEL, 2001; Gérardin et al., 2000).

Secteurs et activités

Le secteur des marais du Nord a comme principales sources d’alimentation en eau : la rivière des Hurons, l’émissaire du lac Delage et le lac Saint-Charles. L’Association pour la protection de l’environnement du lac Saint-Charles et des marais du Nord (APEL) et la Ville de Québec sont les propriétaires des terrains dans ce secteur. Un protocole d’entente entre les deux parties permet à l’APEL de gérer la totalité de ce territoire. La grande biodiversité et la beauté du paysage permettent de nombreuses activités de plein air, tant en été qu’en hiver. Des structures d’observation et des sentiers ont été aménagés pour les randonneurs. D’autres activités comme les excursions guidées en rabaska, le canot, le kayak, la pêche (en embarcation seulement), le géocaching et la chasse contrôlée à la sauvagine y sont également pratiqués. Pendant l’hiver, les sentiers restent accessibles pour la randonnée pédestre. Il est à noter que, depuis le 4 septembre 2002, un milieu de transition (forêt–milieu aquatique), situé sur la rive ouest du lac Saint-Charles à la hauteur de la baie Charles-Talbot, est reconnu en tant que réserve naturelle en milieu privé (MDDEP, 2002). Il s’agit de la réserve naturelle des Marais-du-Nord, située sur une propriété privée de l’APEL, et l’accès n’y est possible que par les sentiers des marais du Nord.

Le secteur des marais de la Roche-Plate a la rivière des Hurons comme principale source d’alimentation en eau, celle-ci décrivant des méandres et délaissant, avec le temps, des bras de méandres morts. Elle est à l’origine de nombreux étangs se trouvant de part et d’autre de son lit d’écoulement actuel. Le lac Caché et son émissaire se déversent dans la rivière des Hurons et constituent une autre source d’alimentation en eau. Cette même source est alimentée à son tour par l’émissaire du lac Savard. Les terres des marais de la Roche-Plate présentent des tourbières boisées et les activités qui y sont pratiquées sont similaires à celles offertes dans les marais du Nord.

Biodiversité

Les marais du Nord offrent une grande diversité faunique et floristique, particulièrement dans les peuplements forestiers où elle se manifeste par l’existence d’une multitude d’espèces arborescentes, arbustives et herbacées qui accompagnent l’érable à sucre et le bouleau jaune. Le secteur des marais du Nord et de la baie Charles-Talbot est caractérisé par la présence d’îlots flottants qui ont été formés à la suite du rehaussement du niveau d’eau du lac Saint-Charles. Il s’agit d’îlots de végétation, plus ou moins ancrés au fond du lac, constitués d’éricacées, de sphaignes, de plantes carnivores (sarracénie pourpre et droséra à feuilles rondes), de canneberges, de carex et de mélèzes laricins.

On distingue dans les deux secteurs 159 espèces d’oiseaux, dont 44 aquatiques. Parmi les plus observées, on note le grand héron, le canard colvert, le balbuzard pêcheur, le plongeon huard, le geai bleu et la mésange à tête noire. Un grand nombre de mammifères s’y trouvent aussi en abondance, comme l’écureuil roux, le lièvre d’Amérique, le vison, la loutre des rivières, la musaraigne cendrée et, surtout, le rat musqué. Le castor est aussi présent dans le secteur des marais de la Roche-Plate et dans la baie Charles-Talbot (APEL, 2011).

Quant à elle, la population de poissons est marquée par la dominance de la perchaude et du grand brochet. Les différents inventaires de l’herpétofaune effectués par l’APEL ont permis de confirmer la présence de plusieurs espèces d’amphibiens et de reptiles comme la salamandre maculée, la salamandre cendrée, la salamandre à deux lignes, le crapeau d’Amérique, la grenouilles verte, la rainette crucifère, la tortue peinte, la chélydre serpentine, la couleuvre à ventre rouge et la couleuvre rayée (APEL, 2001 et 2003).

Problèmes menaçant l’écosystème

Bien qu’ils soient un écosystème protégé, les marais du Nord sont menacés de dégradation à cause de certains facteurs difficilement contrôlables. L’urbanisation, le marnage et la sensibilité à l’eutrophisation du lac Saint-Charles en font partie. Certaines activités sont strictement prohibées dans les deux secteurs, notamment la baignade, le camping, la circulation en véhicules motorisés (dont la motoneige), le vélo et la cueillette (MDDEP, 2002). La présence du roseau commun (Phragmites australis), utilisé comme élément épurateur, est aussi à surveiller puisqu’il s’agit d’une plante exotique envahissante (APEL, 2005).

2.5.1.4.2.2 Méandres de la haute Saint-Charles

Figure 2.5.1.4.2.2.1 : Les Méandres de la haute Saint-Charles

La zone des méandres de la haute Saint-Charles est un complexe de milieux humides entourant un segment du lit majeur de la rivière Saint-Charles. Sa limite nord est l’exutoire du lac Saint-Charles et sa limite sud est la jonction entre la rivière Saint-Charles et la rivière Nelson. Il s’agit d’une zone se caractérisant par une grande biodiversité et renfermant différents écosystèmes et classes de milieux humides (Gérardin et al., 2000).

Caractéristiques des habitats

On distingue plusieurs types de milieux humides dans la zone des méandres selon la cartographie de Canards illimités Canada (2005). Les tourbières présentes dans des petits boisés constituent la majorité de ces milieux, suivi des marécages, des prairies humides et des marais qui sillonnent les méandres et les bras morts de la rivière Saint-Charles. Mentionnons ici que les prairies humides ne constituent pas une catégorie de milieu humide qui est reconnue par le MDDEFP, souvent elles sont associées aux marais (MDDEP, 2006). Ces milieux humides n’ont pas seulement le lac Saint-Charles comme source d’alimentation en eau, mais aussi plusieurs affluents, dont les plus importants sont le ruisseau du Valet, la rivière Jaune, le ruisseau des Eaux Fraîches et la rivière Nelson. C’est aussi là qu’on peut trouver l’une des rares tourbières ombrotrophes (bog) du bassin versant de la rivière Saint-Charles, au sud-est du segment des méandres dans le district de Loretteville, près d’un terrain de golf.

Figure 2.5.1.4.2.2.2 : Photo aérienne montrant l’expansion urbaine dans les milieux humides des méandres de la haute Saint-Charles

Cependant, ces terres sont menacées de disparition à cause de l’expansion urbaine rapide et souffrent de problèmes de drainage qui y provoquent des inondations fréquentes (Lajeunesse et al., 1997). La pluralité des classes de milieux humides dans la zone des méandres de la haute Saint-Charles permet une diversité écosystémique et, par conséquent, biologique. En effet, cinq différents écosystèmes sont en place dans ce secteur : des plaines inondables, des terrasses alluviales, des anciens lits d’écoulement, des étangs, des bras de méandres morts ainsi que des méandres récemment coupés (Gérardin et al., 2000). La végétation qui domine cette zone de méandres est une forêt mixte d’érables rouges et de sapins avec présence de mélèzes et d’aulnaies (Gérardin et al., 2000). En 1997, l’inventaire ichtyologique démontrait la présence, dans ce segment de la rivière Saint-Charles, de l’omble de fontaine, du meunier noir, du meunier rouge et de la perchaude (Lajeunesse et al., 1997). En 1999 et 2001, des pêches effectuées par le MRNF ont confirmé la présence du grand brochet dans ce secteur de la rivière Saint-Charles (MRNF, 1999 et 2001). Ce dernier a été introduit illégalement dans le lac Saint-Charles au début des années 90 et a réussi à étendre son territoire en amont et en aval du lac Saint-Charles (franchissant le barrage Cyrille-Delage) (MRNF, 2006). Il y a rarement des populations d’omble de fontaine aux mêmes endroits que des populations du Grand brochet, tout d’abord à cause de la compétition et aussi parce que les caractéristiques des habitats diffèrent grandement (Bernatchez et al., 2000)). Donc, il n’est pas certain s’il y a toujours présence d’omble de fontaine dans ce secteur de la rivière Saint-Charles. La proximité des méandres, du lac Saint-Charles et des marais du Nord fait que ces trois zones humides sont fréquentées sensiblement par les mêmes espèces de mammifères et d’oiseaux. Cependant, il n’y a que peu d’information disponible concernant l’herpétofaune présente dans ce milieu.

Problèmes menaçant l’écosystème

Les méandres de la haute Saint-Charles constituent un complexe de milieux humides particulièrement menacé par l’expansion urbaine rapide, avec tout ce qu’elle engendre comme imperméabilisation du sol, perturbation du cycle hydrologique, inondations fréquentes, dégradation de la qualité de l’eau, dégradation des écosystèmes et fragmentation des habitats naturels. En 1997, le développement urbain dans cette zone représentait 15 % de la surface totale du milieu humide, soit une quarantaine d’hectares. À cette époque, les milieux humides des méandres de la haute Saint-Charles renfermaient environ 70 % des milieux urbains qui se trouvaient dans des plaines d’inondation de la rivière Saint-Charles (Lajeunesse et al., 1997). Depuis ce temps, de nombreux développements ont eu lieu à proximité, mais (selon notre photo interprétation) aucune augmentation significative de développement urbain à l’intérieur du lit majeur. Lors des inventaires effectuées par Canards Illimités Canada en 2005, les pressions énumérées pour les milieux humides des méandres de la haute Saint-Charles incluaient la proximité des zones résidentielles et industrielles, les chemins de véhicules tout terrain, la présence d’un golf à proximité, le remblayage et les zones qui demeuraient à lotir.

2.5.1.4.2.3 Lac de la Savane et lac de la Sagamité

Dans le Québec méridional, le développement urbain constitue une menace certaine pour la conservation des milieux humides. Alors que les marais du Nord sont un exemple déjà très connu et que la tourbière du marécage Laurentien a perdu une grande partie de sa superficie au développement, voici deux tourbières qui, pour l’instant, sont peu ou pas menacées.

Figure 2.5.1.4.2.3.1 : Lac de la Savane et lac de la Sagamité

Localisation et formation

Le milieu humide du lac de la Sagamité est localisé dans une zone agroforestière du bassin versant du ruisseau du Valet. Il s’agit d’une tourbière minérotrophe (en anglais fen), ce qui signifie qu’elle est alimentée à la fois par des eaux de précipitation et de ruissellement enrichies au contact des sols minéraux environnants (Ville de Québec, 2005). Le couvert végétal y est caractérisé par des herbacées et des mousses (généralement autres que les sphaignes) (Dubé, 2003 et 2003).

Le milieu humide du lac de la Savane, localisé quant à lui dans le haut bassin de la rivière Nelson, possède une eau faible en minéraux, acide et brune ce qui révèle la présence d’acides humiques (CBRSC, 2004). Au lac de la Savane on retrouve une tourbière minérotrophe et une tourbière boisée (Dubé, 2002 et 2003; Canards Illimités Canada, 2005). La tourbière minérotrophe du lac de la Savane serait plus pauvre que celle du lac de la Sagamité et se rapprocherait plus, dans certaines zones, de la tourbière ombrotrophe (en anglais bog) exclusivement alimentée par des eaux de précipitation (Dubé, 2002 et 2003). Les tourbières ombrotrophes forment des habitats très acides où le couvert végétal est caractérisé par des sphaignes et des éricacées, auxquelles s’associe fréquemment l’épinette noire (Buteau et al., 1994). Le milieu humide du lac de la Savane n’est pas exclusivement alimenté par les eaux de précipitation, mais leur contribution est sensiblement plus importante que dans le cas du lac de la Sagamité (Gérardin et Lachance, 1997).

Tableau 2.5.1.4.2.3.1 : Superficies et rapports de surface sur le lac de la Savane et le lac de la Sagamité

Tableau 2.5.1.4.2.3.2 : Quelques végétaux représentatifs des milieux humides présents aux lacs de la Savane et de la Sagamité

Importance et menaces

Jusqu’à récemment, le développement menaçait peu ces tourbières. Étant donné l’engouement de plus en plus prononcé des gens pour les sites de villégiature près des milieux urbains, ce secteur risque de se développer. Récemment, une entente a été signée pour une étude de développement d’un domaine récréotouristique au lac de la Sagamité (Bédard, 2010). Ainsi, un développement dans ce secteur amènerait de nouveaux rejets d’eaux usées et un apport plus prononcé de sédiments et de nutriments.

Biodiversité

Des inventaires biologiques ont été conduits dans plusieurs milieux humides du bassin versant de la rivière Saint-Charles dans le cadre d’un programme de conservation volontaire mené par l’équipe du Conseil régional de l’environnement – région de la Capitale nationale. Une liste abrégée des principales espèces végétales fait la démonstration de la richesse de ces milieux (Dubé, 2002 et 2003). On notera la présence importante de la canneberge de même que celle du mélèze laricin, du rhododendron du Canada, des kalmias et d’autres plantes associées principalement aux tourbières minérotrophes. Les amateurs de curiosités nous en voudraient de ne pas souligner également la présence du drosera à feuilles rondes et de la sarracénie pourpre qui sont tous deux des plantes insectivores et qui, pour cette raison, sont très appréciés par les amateurs de plein air. Ces deux tourbières abritent de nombreux animaux très communs tels que le ouaouaron, le raton laveur et la corneille d’Amérique. L’orignal et le renard roux, de même que le faucon émerillon et le pygargue à tête blanche, offrent pour leur part un spectacle plus recherché (Dubé, 2002 et 2003).

SOURCES

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Mis à jour le 16 février 2015

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