2.6 Limitations à la circulation des espèces

Description de la problématique

Tout au long de leur vie, les poissons se déplacent pour se nourrir, se reproduire ou s’abriter. La plupart des espèces n’effectuent pas de grandes migrations. Certaines espèces, toutefois, se déplacent sur des milliers de kilomètres.

Aire d’alimentation

Les poissons doivent rapidement s’alimenter par eux-mêmes après l’éclosion. Ils doivent donc avoir accès à une aire d’alimentation et de croissance répondant à leurs besoins. Une alimentation déficiente pourrait retarder leur croissance, réduire leur résistance et augmenter leur vulnérabilité aux prédateurs (Pêches et Océans Canada, s/d).

Aire de reproduction

La plupart des espèces de poissons se reproduisent dans un endroit différent de leur aire d’alimentation. L’accessibilité de l’aire de reproduction est primordiale pour la survie de l’espèce. Le succès de reproduction peut être compromis si les géniteurs sont retardés par les obstacles dans le cours d’eau, ou dépensent de trop grandes quantités d’énergie à franchir les diverses entraves sur leur parcours (Pêches et Océans Canada, s/d).

Abri

Les poissons ont besoin de s’abriter pour éviter les prédateurs, se reposer ou survivre à certaines conditions défavorables, notamment à sécheresse ou la saison froide. Les abris peuvent notamment être constitués de roches, de troncs d’arbres ou de végétation aquatique (Pêches et Océans Canada, s/d).

Entraves à la circulation des poissons

Tableau 2.6.1 : Description des entraves possibles à la libre circulation du poisson (Hotte et Quirion, 2003 / Gouvernement du Nouveau-Brunswick, 1997 / Pêches et Océans Canada, s/d)

Figure 2.6.1: Localisation des principales entraves à la circulation du poisson sur le territoire

La notion d’obstacle à la libre circulation des poissons est souvent associée à la hauteur de la chute (qu’elle soit naturelle ou ait été créée par l’aménagement d’un barrage). Toutefois, la franchissabilité d’un obstacle dépend des conditions hydrodynamiques entourant l’obstacle, de même que de la capacité de nage et de saut des poissons, qui est dépendante de l’espèce, de la taille des individus, de leur état physiologique et de la température de l’eau. Plusieurs auteurs soutiennent que la taille maximale d’un obstacle qui peut être franchi par un poisson est de 60 centimètres. Cette hauteur est valable essentiellement pour les grands salmonidés migrateurs mais serait moins importante pour d’autres espèces aux capacités plus réduites (Larinier et al., 1999). De son côté, le ministère des Ressources naturelles publiait, en 1997, un ouvrage dans lequel il est indiqué qu’un obstacle de 30 cm est considéré infranchissable pour l’omble de fontaine (MRN, 1997).

Dans certains cas, une entrave à la libre circulation des poissons peut avoir un effet bénéfique pour une espèce. Sur le territoire des bassins versants de la Capitale, certains obstacles constituent des barrières à l’allopatrie. L’allopatrie signifie qu’une espèce vit dans un milieu géographiquement isolé et qu’elle est la seule espèce de poissons occupant un site donné. On parle alors d’une population allopatrique, en opposition à une population sympatrique lorsqu’il y a plus d’une espèce présente dans un site. Une espèce en situation d’allopatrie n’a pas à compétitionner pour la nourriture ou les sites de fraie, et ne craint pas la prédation par d’autres espèces de poissons. La productivité de l’espèce est de ce fait accrue.

Selon le Centre d’expertise hydrique du Québec (CEHQ), on trouve 115 barrages et ouvrages de retenue sur le territoire des bassins versants de la Capitale. Ceux de plus de 1 mètre de hauteur sont répertoriés dans le Répertoire des barrages du Québec en vertu de la Loi sur la sécurité des barrages (CEHQ, 2005). Ceux-ci sont situés dans les bassins des rivières Saint-Charles, du Cap Rouge et Beauport. Au-delà des ouvrages recensés dans le Répertoire gouvernemental, il existe de nombreuses autres entraves à la circulation des poissons sur le territoire. La tâche de toutes les recenser est toutefois colossale et l’ensemble du territoire n’a pas été couvert de façon exhaustive. La carte ci-contre présente les chutes, de même que les barrages et ouvrages de retenue sur le territoire de l’OBV de la Capitale. Ceux-ci constituent des barrières partielles ou totales à la libre circulation des poissons, selon les espèces et la hauteur du dénivelé ou des ouvrages. En outre, la carte met l’accent sur quelques-unes des barrières à l’allopatrie recensées sur le territoire, de même que sur les ouvrages de retenue à l’embouchure des rivières Saint-Charles et du Cap Rouge. Les détails sont présentés dans le tableau ci-dessous.

Détail de certaines entraves sur le territoire

Bassin versant Localisation spécifique Description Statut
Saint-Charles Rivière des Hurons –  Chutes du Vieux moulin (1) Entrave naturelle qui constitue une barrière à l’allopatrie.Latitude :47° 2′ 28″ N / Longitude :71° 19′ 17″ O
Les chutes du Vieux Moulin font plusieurs mètres, mais la hauteur précise n’est pas connue.
Existant
Rivière Noire – Barrage  x0001487 (2) Ouvrage de régulation qui constitue une barrière à l’allopatrie.Latitude : 47o 2′ 43″ N/ Longitude : -71o 20′ 7″ O
Hauteur du barrage: 2,2 mètres
Existant
Rivière du berger – Barrages x0001626 et  x0001627 (3) Ouvrages de régulation à usage faunique (site de l’ancien Jardin zoologique de Québec) qui constituent des barrières à l’allopatrie.x0001626:
Latitude : 47o 53′ 21″ N/ Longitude : -71o 17′ 57″ O
Hauteur du barrage: 3,5 mètres

x0001627:
Latitude :  47o 53′ 24″ N/ Longitude : -71o 17′ 59″ O
Hauteur du barrage: 3,1 mètres

Existant
Rivière des Roches (4) Canalisation de la rivière, passant sous un centre d’alimentation, qui constitue une barrière à l’allopatrie.Latitude : 46o 53′ 11.04″ N/ Longitude : -71o 17′ 29.18″ O
Longueur de l’obstacle: 200 mètres
Existant
Barrage Joseph-Samson (6)

Le barrage Joseph-Samson est un barrage antimarées de 5 mètres de hauteur. Il constitue un obstacle important au déplacement de certaines espèces estuariennes qui avaient autrefois accès à la rivière et qui ne s’y retrouvent plus. L’ouverture de la vanne de fond sur une base régulière pourrait permettre la migration des poissons de part et d’autre du barrage, mais pourrait également favoriser la migration d’espèces exotiques envahissantes comme la moule zébrée.

Latitude :  46o 49′ 15″ N/ Longitude :  -71o 12′ 58″ O
Hauteur du barrage: 8,5 mètres

Existant
Cap Rouge Seuil au fil de l’eau (7) Délimitant la zone intertidale de la rivière, ce seuil constitue un obstacle d’importance en ne permettant pas la libre circulation des espèces de part et d’autre de sa structure. L’aménagement d’une passe migratoire pourrait être envisagée pour favoriser la libre circulation des poissons.Latitude :  46o 49′ 15″ N/ Longitude :  -71o 12′ 58″ O
Hauteur du barrage: 1,5 mètres
Existant
Beauport Rivière Beauport – Barrages x0001578, x0001579, x0001580, x0001581 et x0001582 (5) Barrages à usage récréatif et de villégiature qui constituent des barrières à l’allopatrie.x0001578:
Latitude : 46o 54′ 19″ N/ Longitude :  -71o 12′ 7″ O
Hauteur du barrage: 2,6 mètres

x0001579:
Latitude :  46o 54′ 21″ N/ Longitude :  -71o 12′ 4″ O
Hauteur du barrage: 2 mètres

x0001580:
Latitude :  46o 54′ 23″ N/ Longitude :  -71o 12′ 1″ O
Hauteur du barrage: 1,8 mètres

x0001581:
Latitude :   46o 54′ 18″ N/ Longitude :   -71o 12′ 15″ O
Hauteur du barrage: 3,7 mètres

x0001582:
Latitude :  46o 54′ 20″ N/ Longitude :  -71o 12′ 11″ O
Hauteur du barrage: 2,2 mètres

Existant

*Note: les chiffres entre parenthèses correspondent aux emplacements du même numéro sur la figure 2.6.1.

Sources

CENTRE D’EXPERTISE HYDRIQUE DU QUÉBEC (CEHQ). 2005. Répertoire des barrages Capitale-Nationale. En ligne: http://www.cehq.gouv.qc.ca/barrages/ListeBarrages.asp?region=Capitale-Nationale&Num=03&Tri=No&contenance1=on&contenance2=on&contenance3=on. Consulté le 21 novembre 2012.

CONSEIL DE BASSIN DE LA RIVIÈRE DU CAP ROUGE (CBRCR). 2010. Portrait du bassin versant de la rivière du Cap Rouge, Québec.

HOTTE, M. et M. QUIRION. 2003. Guide technique no 15. Traverses de cours d’eau. Fondation de la faune du Québec et Fédération des producteurs de bois du Québec, Sainte-Foy, 32 pages.

GOUVERNEMENT DU NOUVEAU-BRUNSWICK. 1997. Directives techniques relatives aux modifications de cours d’eau. Ministère de l’Environnement et des Gouvernements locaux, Direction des évaluations et des agréments. 110 p + annexes.

LARINIER, M., J.P. PORCHER, F. TRAVADE et C. GÖSSET . 1999. Passes à poissons : expertise, conception des ouvrages de franchissement. Collection Mise au Point. 301p. + annexes.

PÊCHES ET OCÉANS CANADA, s/d. Circulation du poisson…Cédez le passage! 9 pages.

MINISTÈRE DES RESSOURCES NATURELLES (MRN). 1997. L’aménagement des ponts et des ponceaux dans le milieu forestier. Gouvernement du Québec. 147 p.

Mis à jour le 27 août 2015