1.9 Présence de contaminants dans les eaux souterraines

Description de la problématique

De façon générale, nous n’avons actuellement que peu d’information sur la qualité des eaux souterraines pour le territoire couvert par l’OBV de la Capitale. Toutefois, en mars 2010, une aide financière a été octroyée par le MDDEP pour la réalisation d’un projet d’acquisition de connaissances sur les eaux souterraines sur le territoire de la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ). Piloté par monsieur René Therrien, professeur à l’Université Laval, le projet visait à obtenir des connaissances sur les aspects quantitatifs et qualitatifs des eaux souterraines et de dresser un portrait régional des aquifères. Le projet s’est terminé au 31 mars 2013, mais les résultats n’ont pas encore été intégrés au plan directeur de l’eau. Nous savons toutefois que l’étude a notamment permis de documenter l’épaisseur de certains aquifères, les capacités de recharge ainsi que l’indice de vulnérabilité des eaux souterraines. Ces informations pourront être couplées ultérieurement à l’utilisation du sol pour mieux localiser les problèmes potentiels. Il faudra toutefois garder à l’esprit que l’étude a couvert un large territoire et n’avait pas pour but de documenter des cas de contamination précis.

De façon spécifique, il existe des connaissances sur certains cas de contamination des eaux souterraines sur le territoire. À titre d’exemple, la contamination au TCE des eaux souterraines à Shannon, dossier qui a d’ailleurs été fortement médiatisé.

Distribution des problèmes sur le territoire

Bassin versant Localisation spécifique Description du problème Statut
Saint-Charles Aquifère de Valcartier

Détection de TCE dans deux des cinq puits d’alimentation en eau potable de Val-Bélair.

Détection de perchlorate dans l’un des puits d’approvisionnement en eau potable de la garnison de Valcartier.

Existant
Ensemble du territoire Ensemble du territoire L’information recueillie par le projet PACES demeure à intégrer au plan directeur de l’eau. À documenter

Nature et causes des problèmes ainsi que leurs effets

Bassin versant de la rivière Saint-Charles

Aquifère de Valcartier

Nature du problème

Du TCE a été détecté dans deux des cinq puits d’alimentation de Val-Bélair (Modène et Montolieu). Sur les deux puits dans lesquels des détections ont été observées, seul le puits Modène montre des détections de manière régulière. Les deux puits ne sont aujourd’hui plus utilisé pour l’alimentation en eau potable par mesure préventive de la Ville de Québec. Ils demeurent toutefois en exploitation puisque l’eau y est toujours pompée. Elle est soit utilisée pour le nettoyage des rues, ou rejetée en surface comme mesure de mitigation à la présente solution. La Ville de Québec effectue un suivi mensuel des cinq puits dans ce secteur.

La limite est du panache de TCE à des concentrations excédant 50 µg/L se trouve sur la limite de propriété du ministère de la Défense nationale et la ville de Québec. De manière générale, les concentrations observées en direction de la rivière Nelson sont moins élevées que les concentrations observées vers l’ouest et la rivière Jacques-Cartier. Les derniers résultats disponibles (2011) concernant les eaux de surface montrent 2 détections sur les 16 stations échantillonnées à deux reprises en 2011 à 0,3 et 0,4 µg/l. La concentration maximale de TCE permise en vertu du Règlement sur la qualité de l’eau potable est de 5 μg/l (annexe I du règlement) (Gouvernement du Québec, 2012). Santé Canada a également abaissé la concentration maximale acceptable de 50 à 5 μg/l, suite à une réévaluation des données récentes concernant la toxicité du TCE.

Panache TCE 2009-2

Figure 1.9.1: Panache de TCE dans la nappe deltaïque régionale en 2009 (INRS, 2009)

En outre, le suivi de la qualité de l’eau sur la garnison de Valcartier a permis de détecter, dans l’un des puits d’approvisionnement, 0,11 μg/l de perchlorate. Cette concentration est sous le seuil déterminé par la Health Assessment Agency de la Californie, l’institution la plus sévère en la matière. Le puits en question fournirait 20 % de l’eau introduite dans le système d’aqueduc. Lorsque diluées, les concentrations finales sont sous le seuil de détection (Défense nationale, 2004).

Causes du problème

On ne connaît aucune source naturelle de TCE (Environnement Canada et Santé Canada, 1993). Sa présence dans l’environnement s’explique essentiellement par son usage industriel important. Le ministère de la Défense nationale et la Société Immobilière Valcartier Inc. (SIVI, filiale de SNC-Lavalin) ont utilisé le trichloréthylène (TCE) à Valcartier entre les années 40 et 80. Le TCE était utilisé durant les opérations de dégraissage des métaux voués à la production de munitions ou lors du nettoyage d’armements, de l’entretien d’équipements de production ou lors de recherches et du développement d’engins militaires (Michaud, 2012).

Quant à lui, le perchlorate est le composé principal du propergol, un carburant utilisé dans certains moteurs-fusées comme les roquettes CRV7 utilisées par les F-18. On en fait aussi usage dans la production des feux d’artifice et des allumettes. Actuellement, 3 kg à 4 kg par an seraient utilisés à la garnison de Valcartier. Il était par contre utilisé de façon beaucoup plus importante dans les années 70. Depuis 2000, un système permet de récupérer 99% des résidus (Défense nationale, 2004).

Effets

Sur le plan de la santé, les effets de la contamination au TCE ont été beaucoup plus marqués dans le bassin versant de la rivière Jacques-Cartier que dans celui de la Saint-Charles. En effet, la municipalité de Shannon a été fortement touchée par cette contamination et un recours collectif a notamment été intenté par des citoyens, en lien avec l’effet carcinogène du contaminant et de nombreux cas de cancers survenus dans ce secteur. En octobre 2012, des experts du Centre international de recherche sur le cancer ont par ailleurs réévalué la cancérogénicité de plusieurs solvants chlorés et certains de leurs métabolites. Parmi ceux-ci, le TCE est passé d’une classe 2A (probablement cancérigène chez l’humain) à une classe 1 (évidence suffisante) (Guha et al., 2012).

Sur le plan économique, les effets d’une contamination au TCE sont nombreux. Suite à la découverte de cette contamination, des puits d’alimentation en eau potable ont dû être condamnés et des mesures prises pour trouver une nouvelle source d’approvisionnement en eau potable pour le territoire touché par la contamination. Dans le bassin de la rivière Saint-Charles, la Ville de Québec a pris la décision de fermer deux puits d’alimentation de l’eau potable à Val Bélair en 2009, suite à la découverte de traces de TCE (Caron, 2009). Bien que la contamination fût en deçà de la limite de 5 µg/L, la fermeture de ces puits a été faite par principe de précaution, la Direction régionale de la santé publique ne s’étant jamais opposée à la consommation de cette eau. Parmi les effets économiques, mentionnons également tous les frais liés à l’étude de la contamination et au suivi du panache, à la recherche pour trouver la meilleure solution de contrôle et de décontamination et ultimement, à la décontamination elle-même ou au confinement. Finalement, les frais judiciaires entourant le recours collectif ont eu un effet économique important pour les parties prenantes.

Sur le plan environnemental, une analyse écotoxicologique a été réalisée pour les mammifères, les poissons et la végétation via un calcul de risque, mais aucun risque formel n’a été décelé. Cette étude précise toutefois que l’analyse pourrait être améliorée par une étude terrain et des analyses précises sur la faune et la flore (Essiambre, 2009).

En ce qui concerne les perchlorates, les concentrations détectées se situent sous le seuil déterminé pour l’alimentation en eau potable. Aucun effet n’a été recensé suite à la présence de ce contaminant dans l’eau en raison de l’absence d’étude et de recherche d’effet.

Sources

CARON, R. 2009. Verner tend l’oreille. Publié le 5 mai 2012. En ligne: http://fr.canoe.ca/cgi-bin/imprimer.cgi?id=486532. Consulté le 13 février 2015.

DÉFENSE NATIONALE. 2004. Un contaminant dans l’eau de la base militaire de Valcartier. En ligne: http://www.army.forces.gc.ca/land-terre/news-nouvelles/story-reportage-fra.asp?id=300. Consulté le 11 janvier 2013.

ENVIRONNEMENT CANADA ET SANTÉ CANADA. 1993. Trichloroéthylene. Loi canadienne sur la protection de l’environnement; Liste des substances d’intérêt prioritaire. Rapport d’évaluation, 55 p.

ESSIAMBRE, S., 2009. Analyse écotoxicologique du trichloroéthylène à la municipalité de Shannon. Essai effectué sous la direction de Raymond Van Coillie. Université de Sherbrooke, 54 pages plus annexes.

GOUVERNEMENT DU QUÉBEC. 2012. Règlement sur la qualité de l’eau potable, L.R.Q., c. Q-2, r.18.1.1.

GUHA, N. et al., 2012. Carcinogenicity of trichloroethylene, tetrachloroethylene, some other chlorinated solvents, and their metabolites. The Lancet Oncology , Volume 13 , Issue 12 , 1192 – 1193

MICHAUD, BERNARD. Coordonnateur, projets environnementaux, dossier TCE Construction de Défense Canada, RDDC Valcartier, communication personnelle, janvier 2012.

MINISTÈRE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE, DE L’ENVIRONNEMENT ET DES PARCS (MDDEP). 2010. Programme d’acquisition de connaissances sur les eaux souterraines sur le territoire de la Communauté métropolitaine de Québec. En ligne: http://www.mddep.gouv.qc.ca/eau/souterraines/programmes/fiches/Fiches-PACES_cmq.pdf. Consulté le 11 janvier 2013.

RADIO-CANADA. 2009. La Ville ferme deux puits à Val-Bélair. Publié le mardi 7 avril 2009. En ligne: http://www.radio-canada.ca/regions/Quebec/2009/04/07/001-TCE_fermeture_puits.shtml. Consulté le 18 décembre 2012.

Mis à jour le 28 août 2015